LES GRANDS MYTHES

 
Les récits mythologiques varient souvent dans les détails, au gré du conteur qui les adapte à son auditoire, autour du même thème central qui en forme la substance. Ils sont de diverses origines (indo-européenne ou méditerranéenne) et s'étendent des premiers âges de la Grèce jusqu'à la période romaine. Ils  font œuvre de civilisation en mettant en scène des dieux et des demi-dieux dans des tragédies ou les règles divines ont été bafouées et dont le dénouement servira d'exemple pour les lois des hommes.
La plus belle illustration de cette "transmission" de la justice étant la mise en place par Apollon  du premier tribunal de l'Aréopage afin que les humains puissent juger et absoudre Oedipe, sans intervention divine.

Éros et Psyché

Prométhée

Pygmalion et Galatée

 

Éros et Psyché 


Un roi avait trois filles. La plus jeune, Psyché, était si belle que tous les habitants du royaume l'adoraient. Leur admiration pour Psyché leur faisait même négliger le temple d'Aphrodite.
La déesse d'une jalousie féroce, en prit rapidement ombrage et décida d'éliminer cette redoutable concurrente.
Elle envoya Éros avec mission de rendre Psyché amoureuse de l'être le plus repoussant qui soit.

Il fallait pour cela que Psyché se trouve face à un être hideux au moment ou Éros lui percerait le cœur de sa flèche. Ainsi elle en tomberait immédiatement amoureuse et décevrait tous les habitants du royaume, à la plus grande satisfaction d'Aphrodite.

Éros demanda à Apollon d'envoyer un oracle au père de Psyché afin que celui-ci ordonnât à sa fille d'aller en haut d'un rocher où un démon viendrait s'unir à elle. Malgré son désarroi le roi accepta, et Psyché se retrouva sur le rocher, à la merci du démon. 
Mais Zéphyr vient l'enlever d'un souffle et la transporte endormie, dans un pré non loin de là.
Éros, lorsqu'il la vit ainsi étendue dans toute la beauté de sa tendre innocence en tomba éperdument amoureux et n'exécuta pas les ordres d'Aphrodite. Son seul désir à présent, était d'aimer et d'être aimé de Psyché et pour cela, il ne fallait pas que la déesse soit au courant de leur amour.
Le seul moyen d'éviter que l'information arrive aux oreilles d'Aphrodite était de garder le secret absolu. Personne ne devait savoir qu'Éros s'était pris à son propre piège.

Il craignait aussi que Psyché, par étourderie dévoile le secret à quelqu'un qui se chargerait de le rapporter à Aphrodite. Il décida donc que même Psyché devait ignorer qui l'avait conquise. Il attendit qu'elle s'endorme puis l'emporta délicatement dans un palais enchanté, la déposa sur le lit et la laissa dormir jusqu'à la nuit.
La nuit venue, il alla la réveiller doucement sans aucune lampe ni lumière qui lui eut permis de discerner ses traits. Il lui dit : "Viens à moi, nous connaîtrons un grand bonheur, notre amour sera le plus grand et le plus beau ayant jamais existé".
"Qui es-tu pour me parler ainsi" demanda Psyché assez intriguée.
"Je ne peux répondre à cette question" lui répondit Éros.
"Toutes les nuits je serai avec toi mais tu ne devras jamais connaître mon nom ni voir mon visage".

Éros ne pouvait malheureusement pas utiliser son pouvoir pour rendre Psyché immédiatement amoureuse de lui. Il aurait fallu pour ça qu'elle le voit ! Il lui fallut donc la séduire de manière classique.
Les nuits suivantes il vint auprès d'elle lui tenir compagnie et Psyché finit par tomber dans ses bras.
Toutes les nuits Psyché et Éros s'aimaient et tous les matins Éros disparaissait avant le lever du jour.
Le temps passait et Psyché bien qu'étonnée, s'accommodait de la situation. Elle aimait, et attendait chaque nuit avec impatience le moment ou Éros viendrait la rejoindre.



Éros emmenant Psyché endormie

 

Psyché dans le jardin d'Eros

Un jour ses sœurs vinrent lui rendre visite et furent intriguées, et même scandalisées par l'histoire que leur raconta Psyché.
"Il est impensable qu'il n'ait jamais voulu te montrer son visage ! " dit l'une.
"C'est peut-être un monstre" dit l'autre etc... etc...
Elles firent tant et si bien que le doute finit par s'insinuer dans l'esprit de Psyché. Elle était pourtant certaine de son amour et savait au fond d'elle même que ce ne pouvait pas être un monstre, mais elle souhaitait vraiment connaître son visage. Il lui importait peu qu'il soit beau ou laid, mais le besoin de mettre un visage sur son amour se faisait impérieux.
Sa décision  était prise. La nuit suivante elle se réveilla alors qu'Éros dormait encore à ses cotés. Elle se leva délicatement, sortit de la chambre doucement et revint silencieusement avec une petite lampe à huile allumée.
Elle s'approcha du lit, un peu craintive. Serait-il à la hauteur de ses espérances ? Ne serait-elle pas effrayée de voir son vrai visage ?
Mais ce qu'elle vit la mit en joie car le jeune homme était d'une grande beauté.
Rassurée et toute à son bonheur, elle contemplait amoureusement ses traits quand une goutte d'huile chaude tombant de la lampe sur le bras d'Éros, le réveilla.
Lorsqu'il comprit qu'elle avait vu son visage, Éros ne dit pas un mot, se leva et sortit de la chambre sans lui lancer un seul regard. Un instant plus tard le palais enchanté disparut à son tour et Psyché se retrouva seule.

Elle comprit alors qu'elle avait trahi la promesse faite à son amant, et que celui-ci ne reviendrait plus. Elle s'assit par terre et se mit à pleurer.

Pendant des mois elle le rechercha en vain à travers le monde. Nulle part elle ne trouva trace de son passage. Dans son royaume, les gens l'oublièrent petit à petit, à la grande satisfaction d'Aphrodite qui voyait son temple se remplir à nouveau et les offrandes affluer.

Mais les dieux et les déesses ont la rancune tenace.... Chez eux le temps n'adoucit pas les mœurs.
Psyché, ignorant la haine que lui vouait Aphrodite, pensa que la déesse de l'amour serait la seule à pouvoir l'aider.
Elle alla voir Aphrodite et lui dit : "Déesse, toi seule sait combien je souffre d'avoir perdu celui que j'aimais à cause de ma curiosité. S'il te plaît aide-moi à le retrouver."
Aphrodite qui n'était pas du genre à pardonner facilement, lui répondit avec mépris : "Celui que tu aimes est un dieu, et c'est mon propre fils, Éros. Pourquoi un dieu aimerait une mortelle ?"
Mais Psyché totalement désespérée se jeta à ses pieds en l'implorant de lui venir en aide.
Aphrodite loin de céder à ses prières la garda comme esclave et lui fit faire les travaux les plus humiliants. Mais rien ne semblait pouvoir détourner la jeune femme de son but.
Aphrodite décida alors de lui imposer des épreuves titanesques.
"Je veux bien t'aider à retrouver Éros à condition que tu réussisses les quatre épreuves que je vais te donner."
Ces épreuves qu'Aphrodite avait choisies, étaient réputées impossibles, mais Psyché ne le savait pas et accepta le marché avec enthousiasme et reconnaissance.

Pour la première épreuve, Aphrodite amena Psyché dans un immense grenier face à un grand tas de grains.
"vois-tu ces grains mélangés" dit-elle à Psyché. "Il y en a trois sortes. Du blé, du seigle et de l'orge. Ils sont inutilisables en l'état. Trie-les et fais-en trois tas distincts. Quand tu auras fini, reviens me voir pour la seconde épreuve."
Elle se mit de suite à l'ouvrage. Au bout de la première journée, alors qu'elle n'avait pas pris un instant de repos, elle n'avait trié que quelques poignées de grain. Elle se rendit compte que pour trier tout le tas, sa vie n'y suffirait pas.
Elle sentait le désespoir la gagner, mais elle se refusait à abandonner.
Le lendemain, quand elle revint courageusement se remettre au travail, elle vit arriver dans le grenier une interminable colonne de fourmis qui, prenant chacune un grain dans ses mandibules, les trièrent en trois tas distincts en quelques heures.
Le soir tout était terminé, et les fourmis disparurent comme elles étaient venues.
Aphrodite fut très agacée lorsqu'elle constata que cette tâche, à priori impossible, avait été menée à bien si rapidement. Elle interrogea Psyché, mais celle-ci ne lui dit rien du travail des fourmis.

Pour la deuxième épreuve, Psyché devait aller tondre la laine d'or sur le dos de féroces moutons , mangeurs d'hommes.
Grâce à un roseau qui lui expliqua comment tondre la laine sur le dos des moutons endormis sans les réveiller, elle s'acquitta de cette seconde mission avec succès.

Aphrodite, lui demanda en guise de troisième épreuve, de remplir une jarre de l'eau du Styx. Or le Styx coulait aux enfers, et le seul accès depuis la terre était un puits très profond et aux parois très lisses situé au sommet d'une montagne d'Arcadie.
Heureusement au moment ou elle allait se résoudre à descendre, ou plutôt à tomber, dans le puits, un aigle ayant une dette envers Éros alla à sa place d'un coup d'aile chercher l'eau et en remplit la jarre.

Aphrodite ne décolérait pas. Comment cette petite mortelle pouvait-elle si facilement s'acquitter de ces tâches qui auraient rebuté même un demi-dieu ? Pour la prochaine épreuve il lui fallait trouver quelque chose de définitif, qui règlerait le problème une fois pour toutes.
Elle décida d'envoyer Psyché chez Perséphone chercher un coffret contenant sa potion de beauté, et lui interdit formellement d'ouvrir le coffret et de manger avec Perséphone.



Charon prend la pièce dans la bouche de Psyché

Lorsque Psyché comprit qu'il lui fallait descendre aux enfers pour rencontrer Perséphone, elle sut qu'elle allait mourir. Elle entreprit quand même le voyage, mais ignorait où se trouvait la porte des enfers. Et bien entendu, Aphrodite lui refusait son aide.
Heureusement pour elle, alors qu'elle en cherchait le chemin, elle rencontra Orphée qui revenait de sa quête tragique.
Il lui expliqua que l'entrée des enfers se trouvait au gouffre de Tenare dans le Péloponnèse, et qu'il lui fallait emporter avec elle des gâteaux drogués et deux pièces de monnaie.
Arrivée à la porte des enfers elle fut immédiatement stoppée par l'agressivité de Cerbère qui gardait la porte des enfers des humains trop curieux.
Elle pensa alors à lui donner un des gâteaux drogués que lui avait conseillé Orphée, et Cerbère s'assoupit rapidement, permettant à Psyché de passer sans encombres.
Lorsqu'elle rencontre le passeur Charon, celui-ci prend une des deux pièces dans sa bouche et la fait traverser.

Enfin arrivée chez Perséphone, celle-ci lui donna le coffret et lui offrit de s'asseoir à sa table. Psyché se rappelant les paroles d'Aphrodite préféra rester par terre et manger un quignon de pain qu'elle avait amené.
Au retour, tandis que Charon la faisait traverser dans l'autre sens sur ordre de Perséphone après avoir pris la seconde pièce, pendant qu'elle donnait son deuxième gâteau drogué à Cerbère, elle songeait sans cesse au contenu du coffret. Sa tentation de l'ouvrir grandissait à chaque pas.
"Peut-être grâce la potion de beauté d'Aphrodite je pourrai regagner l'amour d'Éros" se dit-elle. Et oubliant complètement que sa curiosité lui avait déjà beaucoup coûté, dès qu'elle parvint à la lumière du jour elle ouvrit le précieux coffret... et fut envahie par le sommeil mortel qu'il contenait. Elle tomba morte sur l'herbe.
Pendant ce temps, sur l'Olympe Éros avouait sa désobéissance à Aphrodite et lui demandait son pardon et celui de Psyché. De plus il demandait à Zeus le droit de l'épouser.
Aussi bien Zeus qu'Aphrodite, se méfiaient des pouvoirs d'Éros et tenant à rester en bons termes avec lui, ils accédèrent tous les deux à ses demandes.

Éros s'envola chercher Psyché étendue sur l'herbe, la ramena à la vie, et l'emmena sur l'Olympe pour l'épouser devant tous les autres dieux. Aphrodite, oubliant sa colère tendit elle même à Psyché une coupe d'ambroisie qui la rendit immortelle.

De l'union de Psyché et Éros (l'union de l'amour et de l'âme) naquit une fille ; Volupté.

Apulée   (auteur romain du 2eme siècle)

 

Psyché ouvre le coffret

Prométhée


Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles.

Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d'un mélange de terre et de feu et des éléments qui s'allient au feu et à la terre. Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Épiméthée de les pourvoir et d'attribuer à chacun des qualités appropriées. Mais Épiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. "Quand je l'aurai fini, dit il, tu viendras l'examiner." Sa demande accordée, il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d'autres moyens de conservation : car à ceux d'entre eux qu'il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l'avantage d'une grande taille, leur grandeur suffit à les conserver et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eut fourni les moyens d'échapper à une destruction mutuelle, il voulut les aider à supporter les saisons de Zeus : il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peaux serrées, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres à chacun d'eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de corne, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang ; ensuite il leur fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l'herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; à quelques uns même il donna d'autres animaux à manger ; mais il limita leur fécondité et multiplia celle de leurs victimes, pour assurer le salut de la race.

Cependant Épiméthée, qui n'était pas très réfléchi, avait, sans y prendre garde, dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir et il ne savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage : il voit les animaux bien pourvus, mais l'homme nu, sans chaussures ni couverture, ni armes, et le jour fixé approchait où il fallait l'amener du sein de la terre à la lumière.

Alors Prométhée, ne sachant qu'imaginer pour donner à l'homme le moyen de se conserver vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts ainsi que le feu : car sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile ; et il en fait présent à l'homme. L'homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie.

PLATON, Protagoras,

Pygmalion et Galatée

 
D'après Ovide, le roi de Chypre, Pygmalion "haïssait les défauts dont la nature avait comblé les femmes" . 
Peu enclin à rechercher la compagnie de si imparfaites créatures, et certain qu'il n'en trouverait pas une à son goût, il fit vœu de célibat. Dès lors, évitant totalement la gent féminine, il employa ses loisirs aux arts et à la sculpture.
Mais avec le temps la solitude commençait à lui peser, d'autant plus que sa misogynie maladive l'avait aussi peu à peu éloigné de la compagnie des hommes.

Il rêvait de plus en plus souvent d'une femme parfaite, à l'image d'Aphrodite qui avait choisi son île pour sanctuaire, et dont il célébrait souvent le culte.

Mais le seul moyen d'avoir une telle femme "sur mesure" était de la créer soi-même. Même si ce ne devait être qu'une statue, il aurait au moins le plaisir de la contempler à loisir. 
Dans le plus  grand morceau d'ivoire qu'il put trouver,
(pas facile de trouver un éléphant de cette taille)  il commençât à donner corps à son rêve. Avec un soin infini il se consacra corps et âme à cette tache. Enfermé dans son atelier pendant des journées entières, oubliant même de se nourrir,  il en peaufinait tous les détails. La perfection des courbes, la finesse des attaches, le port de tête, tout devait être parfait! 
Au fil du temps, cette statue mille fois retouchée, polie avec amour le troublait de plus en plus . Il tombait amoureux de sa création. Lorsque la statue fut terminée, Pygmalion se mit à la caresser, à l'embrasser à lui prodiguer mille attentions, comme s'il s'était agi d'une véritable femme.


Pygmalion et Galatée (Boris Vallejo)


Cet amour singulier ne pouvait pas être ignoré d'Aphrodite qui décida de l'aider, d'autant plus qu'elle était flattée de voir que Pygmalion avait sculpté la statue à son image.

Lorsque Pygmalion se rendit au temple pour prier Aphrodite de lui faire rencontrer une jeune fille identique à sa statue, trois fois la flamme de l'autel  s'élevât dans l'air. Pygmalion pensa que ce devait être un signe positif et rentrât au palais le cœur plus léger. Certain que la déesse l'avait entendu, il n'avait plus qu'à attendre la prochaine rencontre féminine.

En arrivant en présence de sa statue, il ne put s'empêcher de la caresser. La peau était tellement bien rendue qu'elle lui semblait réelle. Même sa température ne lui semblait plus aussi froide. Lorsqu'il embrassa les lèvres chaudes et finement ourlées, le doute n'était plus permis. La statue était en train de se réveiller.
Comprenant qu'Aphrodite avait exaucé son vœu au delà de son espérance, il remercia la déesse et donna à l'ancienne statue le nom de Galatée.

Pygmalion et Galatée se marièrent sous la protection d'Aphrodite qui assista même au mariage. De leur union naquit un fils, Paphos, qui plus tard fonda une cité à son nom où l'on vénérait Aphrodite.